La Toison noire
(Tchernoto Rouno)

Théâtre laboratoire Sfumato
Conception et m
ise en scène de Margarita Mladenova et Ivan Dobchev (Bulgarie)

Scénographie Ivan Dobchev
Décor et costumes Daniela Liahova
Musique Assen Avramov
Video-film Lubomir Mladenov et Boris Missirkov

avec Diana Dobreva, Miroslava Gogovska, Tchavdar Monov, Vladimir Penev, Daniel Rachev, Jeana Racheva, Radko Savov, Jossif Shamli

Spectacle créé le 11 février 2000 à Sofia (Bulgarie)

Coproduction Théâtre Laboratoire Sfumato (Sofia, Bulgarie), Hebbel Theater (Berlin, Allemagne), Festival d'Avignon (France), THEOREM (association soutenue par le programme Culture 2000 de l'Union européenne)

Ce projet a pour source un ancien peuple nomade : les Karakatchanes (le nom de karakatchane a été créé par les sédentaires : kara = noir et katchak = réfugié, nomade).
"En marge du développement de la civilisation européenne, ces bergers de haute montagne, pareils aux oiseaux migrateurs, parcourent les Balkans au rythme des saisons. Leurs traditions, comme des jeux d'enfants, se transmettent oralement, de génération en génération ; elles colorent de noir la laine de leurs moutons et l’étoffe de leurs vêtements. Elles enseignent l’art de tondre la toison noire, de produire le fromage et le pain, de tisser le magnifique costume noir de la jeune mariée. Pas de villes, pas de villages, pas de tombes pour leurs morts ; des procédés magiques, naïfs, sobres, établissent le contact avec l’au-delà. Parfois, les longs et fatigants voyages des caravanes s’interrompent. Et les Karakatchanes construisent, pour une saison, des cabanes d’enfants, qu’ils abandonneront sans sentimentalisme quelques semaines plus tard au profit d’une nouvelle transhumance.
Hypnotisés, ils courent après le mirage de cette vague noire et laineuse qui inonde les vastes espaces entre la mer Egée et les montagnes des Balkans, guidés par le pouvoir naturel de la lune. De cette tribu sombre s’échappent des mélodies ésotériques, une énergie et une volonté têtues, un refus du mode de vie des sédentaires, que leurs ancêtres appelaient avec mépris les "Esclaves de la Terre". Et voilà que les terres ont été partagées, clôturées, limitées par des frontières, des douanes, des idéologies. Et voilà que les Karakatchanes, privés de Terre Promise, n’ont plus d’autre issue que de disparaître. Les longs fils de caravanes s’engloutissent dans l’oubli.
Si le Sfumato s’intéresse aux racines des peuples, ce n’est ni pour le folklore, ni pour l’anthropologie ; ce n’est pas par nostalgie du passé, mais plutôt par utopie du futur."
Margarita Mladenova et Ivan Dobchev.

A travers un langage verbal, musical et physique très concis s’exprime la collision violente et dramatique entre les fantasmes de cette tribu ancienne et le rationalisme des temps modernes.