Roméo
et Juliette

(Romeo ir Dzuljeta)

De William Shakespeare
Mise en scène d'Oskaras Korsunovas (Lituanie)

Scénographie Jurate Paulekaite
Dramaturgie Leonidas Donskis
Costumes Jolanta Rimkute
Musique Antanas Jasenka
Eclairage Eugenijus Sabaliauskas


Avec
Dainius Gavenonis, Darius Gumauskas, Gytis Ivanauskas, Giedrius Savickas, Dainius Kazlauskas, Vaidotas Martinaitis, Dalia Micheleviciute, Egle Mikulionyte, Saulius Mykolaitis, Arunas Sakalauskas, Rytis Saladzius, Rasa Samuolyte, Giedrius Savickas, Remigijus Vilkaitis, Tomas Zaibus…

Création le 12 juin 2003 au Hebbel Theater (Berlin)
et le 28 octobre 2003 à Vilnius (Lituanie)

Coproduction Oskaro Korsunovo Teatras, Festival d’Avignon (France), Hebbel Theater (Berlin), Festival "Arts & Ideas", New Heaven (Etats-Unis), THEOREM (association soutenue par le programme Culture 2000 de l'Union européenne)

Cela ne devrait surprendre personne qu’Oskaras Korsunovas soit en train de préparer sa version de Roméo et Juliette de Shakespeare. Le thème de l’amour-passion politiquement incorrect et son potentiel pour bousculer et changer la société est tellement d’actualité et tellement pérenne, en fait, qu’il en devient presque banal. Pour Korsunovas, c’est là le plus grand défi: faire ce qui va de soi d’une manière imprévue; re-contextualiser le conte des Montague et des Capulet pour les faire correspondre à la réalité tendue d’aujourd’hui; ”illustrer” un dilemme moral sans être didactique; re-politiciser les tueries tribales esthétisées de Shakespeare sans tuer la poésie du texte. Réaliser un Roméo et Juliette contemporain n’est pas chose facile, mais c’est un objectif qu’Oskaras Korsunovas entend bien poursuivre.
Roméo et Juliette sont trop jeunes pour avoir une compréhension complètement consciente du contexte dans lequel se déroule leur tragédie. Dans la Vérone médiévale, dans la Lituanie d’aujourd’hui, ou dans n’importe quelle société s’essayant à trop de pragmatisme, il existe beaucoup de différences qui sont susceptibles d’enclencher un drame semblable à celui monté par Shakespeare : différences ethniques ou linguistiques (les Lituaniens, les minorités russes), différences d’éducation ou de classe (le prolétariat, les intellectuels dépossédés, les nouveaux riches sous-éduqués), différences entre ceux qui se conforment aux normes d’une société « en bonne santé » et ceux qui se placent en dehors de la norme (les exclus sociaux, les malades en phase terminale, ceux qui sont accros à des « remèdes » comme l’alcool ou la drogue…). Néanmoins, la difficulté ne réside pas tant dans le fait de démontrer les racines de la haine que d’évoquer une image modulée de son évolution dans la société contemporaine, comme un courant de fond qui trouve toujours un chemin et invente toujours ses propres raisons pour refaire surface. Oskaras Korsunovas “ne souhaite pas simplement remplacer une haine incompréhensible par un concept compréhensif de la haine.”
Dans la pièce, les pôles opposés entre lesquels l’amour pulse sont des entités données. Personne ne se rappelle vraiment la raison qui a déclenché le conflit entre les deux familles dirigeant la ville, un conflit relancé par les tentatives semi-conscientes du jeune couple de le dépasser par leur union. “Si quelque chose est fondamentalement mauvais dans la société, l’amour devient toujours une source de haine”, dit Korsunovas, en référence explicite au système soviétique maintenant défunt - en apparence stable, immobile, mais constamment menacé par des ennemis internes et des conflits feutrés. Á la moindre perspective d’une liaison ou d’un mariage inter-ethnique, les familles se désintégreraient en camps adverses menant une guerre secrète. Roméo et Juliette est d’actualité dans notre société, qui est encore la même dans son essence, mais aussi dans le monde contemporain de manière générale.
Pour Oskaras Korsunovas, le texte de Shakespeare décrit un contexte social dans lequel un conflit archétype devient matière pour le théâtre. La pièce souligne aussi la méthode par laquelle le théâtre traite des conditions sociales comme d’éléments pour la construction d’une narration jouée. “Méthodologiquement, Roméo et Juliette est uniquement fait pour le théâtre contemporain”, affirme Korsunovas. Les intentions naïves et pures des deux enfants (Juliette n’a que 14 ans) provoquent la réaction “méthodologiquement déterminée” des adultes. Une telle violence contre des mineurs fait partie des codes de conduites non remis en cause dans la société des adultes.

Oskaro Korsunovo Teatras, Juillet 2002