Hazám, Hazám !
(Pays, mon pays !)

Compagnie Krétakör, Budapest
Textes de István Tasnádi, Árpád Schilling
Mise en scène d'Árpád Schilling (Hongrie)

Compositeurs Miklós Lukács, László Melis
Dramaturges Balázs Erös, András Forgách, Péter Kárpáti, Anna Veress
Chorégraphe Csaba Horváth
Décor Márton Agh
Costumes Klára Varga, Julia Kiss
Masques Fruzsina Nagy
Lumières Tamás Bányai
Assistant metteur en scène Péter Tóth
Directeur de production Máté Gáspár

Avec
Gergely Bánki, Eszter Csákányi, József Gyabronka, László Katona, Annamária Láng, Zsoltán Mucsi, Zsolt Nagy, Borbála Péterfy, Roland Rába, Lilla Sárosdi, Péter Scherer, Sándor Terhes, Gábor Viola, Tilo Werner
Musiciens Miklós Lukács, Csaba Novák, Kálmán Olah, Balázs Szokolay

Spectacle créé le 27 septembre 2002 à la MC93 Bobigny (France) et le 23 octobre 2002 au Festival d’Automne de Budapest (Hongrie)

Coproduction MC93 Bobigny (France), Krétakör Szinház (Budapest, Hongrie), Centre Dramatique National / Orléans-Loiret-Centre (France), La rose des Vents - Scène Nationale de Villeneuve d'Ascq (France), THEOREM (association soutenue par le programme Culture 2000 de l'Union européenne), Les Samedis de Zsámbék

« Il est urgent que le théâtre redevienne une composante forte de la vie sociale. Il doit être "politique, essentiel, anarchiste s'il le faut. On ne peut pas se comporter au théâtre comme on le fait dans la vie de tous les jours. Il ne s'agit pas d'imiter la nature ni de recréer une réalité, mais de chercher la vérité sous les apparences. Le théâtre ne peut être que physique. Chaque geste doit y être une forme réfléchie. »

« Les treize années écoulées entre 1989 et 2002 signifièrent pour notre pays le début d'une nouvelle histoire, mais elles furent tout à la fois, pour moi comme pour nombre de personnes de notre compagnie, le temps du passage à l'âge adulte. Nous fîmes à la fois l'expérience de la responsabilité que cela représente de réfléchir par nous-mêmes sur notre propre vie et de vivre les changements survenus dans notre pays. Nombre de questions sont demeurées à cet égard en suspens et se cristallisèrent en nous en colère. Tant de possibilités restèrent inexploitées depuis ce changement survenu en 1989, tant d'attentes furent déçues. Je ne parle même pas tellement de notre génération, qui avait alors 14-15 ans, mais de la génération précédente, celle de nos parents, qui ne purent rien nous transmettre, ni même réellement changer cet état de néant et passer à l'étape suivante. Nous-mêmes nous ne trouvons pas notre place aujourd'hui, en 2002. Ce pays, depuis, fit l'expérience de pratiquement tout ce dont on peut faire l'expérience, il élut à tour de rôle tout le monde, tous les partis nous ont gouverné un jour ou l'autre, et à l'égard de la politique comme de cette fameuse liberté, nous sommes très sceptiques. Nous avons tenté de concentrer tout ceci dans cette pièce, qui s'efforce, au travers d'une sorte de revue clownesque de peindre ces treize dernières années. Comme nous nous en sommes rendu compte progressivement au cours de notre travail, ce n'était pas une retranscription fidèle de l'histoire qui nous tenait à cœur, mais la création d'une histoire théâtrale originale qui exprime dans un condensé notre attitude, nos interrogations, notre colère, notre stupéfaction, notre désespoir. À travers le recours au grotesque, voire aux images et visions complètement surréalistes, à la musique, à la danse, c'est tout cela que nous tentons d'exprimer, ainsi que l'idée fondamentale que si nous jetons l'éponge, plus rien de ce qui advient n'importe plus, que si nous n'avançons pas, au moins nous ne devons pas nous haïr dans ce pays. Car dernièrement, ce petit pays, avec sa petite histoire et ses petits désespoirs en vint à se scinder en deux et à se dévorer soi-même. Cela aussi, nous voudrions, comme une sorte de point d'exclamation, l'apposer à la fin du spectacle : l'idée que si ça n'a peut-être pas marché, ce n'est certainement pas une raison de haïr quiconque pour autant, sinon nos hommes politiques qui furent incapables d'employer de manière sensée ces treize années de liberté. »
Árpád Schilling, pour le programme de la MC93 Bobigny, septembre 2002